(Actualisé tout du long, avec déclarations, retrait par Washington de certains personnels)
Washington procède au retrait d'une partie de son personnel au Moyen-Orient après que Téhéran a menacé mercredi de prendre pour cible les bases militaires américaines dans la région face à la possibilité d'une intervention des Etats-Unis brandie par Donald Trump.
Les Etats-Unis procèdent au retrait d'une partie de son personnel de certaines bases stratégiques dans la région par mesure de précaution dans un contexte de tensions régionales accrues, a rapporté un dirigeant américain sous couvert d'anonymat.
Les Etats-Unis disposent de forces présentes dans toute la région du Moyen-Orient, notamment au Bahreïn et au Qatar.
En juin dernier, la base américaine d'al Oudeïd au Qatar a été prise pour cible par Téhéran après les frappes américaines contre ses installations nucléaires, intervenues dans le cadre du conflit de 12 jours entre Israël et l'Iran.
Selon trois diplomates à Reuters, certains membres du personnel ont été invités à quitter la base d'al Oudeïd d'ici mercredi soir.
La décision est vue comme un "changement de posture" plus qu'un "ordre d'évacuation", selon l'un des diplomates.
Contrairement à ce qui avait été observé l'an dernier, aucun mouvement important de soldats n'a eu lieu aux environs de la base militaire.
L'ambassade américaine à Doha et le ministère des Affaires étrangères du Qatar n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.
Un responsable iranien a fait savoir mercredi que Téhéran avait menacé de mener des frappes aériennes sur des bases militaires américaines situées au Moyen-Orient en cas d'intervention des Etats-Unis.
"Téhéran a dit aux pays de la région, de l'Arabie saoudite aux Emirats arabes unis, que les bases américaines dans ces pays seront attaquées si les Etats-Unis visent l'Iran", a déclaré le responsable iranien à Reuters.
Les "communications directes" entre le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi et l'envoyé spécial américain Steve Witkoff ont été suspendues, a-t-il ajouté.
Le président américain a appelé mardi les Iraniens à continuer de manifester et à prendre le pouvoir, leur assurant qu'ils allaient bénéficier d'aide, sans donner plus d'informations sur la nature de cette aide.
Les autorités iraniennes accusent les États-Unis et Israël d'attiser les troubles aux côtés de personnes non identifiées qualifiées de terroristes qui, selon elles, ont pris le contrôle des manifestations.
Israël estime probable que le locataire de la Maison blanche décide d'intervenir mais le flou demeure sur le champ et le calendrier de cette action, selon un dirigeant israélien.
Une seconde source, au sein du gouvernement israélien, a déclaré que le cabinet de sécurité du Premier ministre Benjamin Netanyahu avait été informé mardi soir de la possibilité de la chute du régime iranien et d'une intervention américaine en Iran.
L'IRAN MULTIPLIE LES ECHANGES DIPLOMATIQUES
Dans un contexte de tensions croissantes, Téhéran a multiplié les échanges diplomatiques ces derniers jours.
Ali Larijani, le chef du Conseil suprême de sécurité nationale d'Iran, s'est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères du Qatar, selon les médias iraniens. De son côté, Abbas Araqchi a discuté avec ses homologues de Turquie et des Emirats arabes unis, deux pays alliés de Washington.
Le ministre des Affaires étrangères a déclaré à son homologue émirati, le cheikh Abdallah ben Zayed al Nahyan, que "le calme régnait (en Iran) grâce à la vigilance de son peuple et aux forces de l'ordre", ajoutant que les Iraniens étaient déterminés à défendre leur souveraineté nationale et leur sécurité contre toute interférence étrangère, selon les médias d'Etat.
Abbas Araqchi s'est également entretenu mardi avec le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, auprès de qui il a dénoncé "l'interventionnisme étranger dans les affaires internes" d'Iran.
Paris a convoqué l'ambassadeur iranien en France pour se voir signifier la réprobation de Paris face à la répression violente des manifestations en Iran, a annoncé mardi Jean-Noël Barrot.
"Ce que nous soupçonnons, c'est qu'il s'agit là de la répression la plus violente dans l'histoire contemporaine de l'Iran et qu'elle doit impérativement cesser", a déclaré mercredi le ministre au micro de RTL.
Le chef d'état-major des forces armées d'Iran, Abdoulrahim Mousavi, a déclaré que son pays n'avait "jamais fait face à un tel volume de destruction".
L'organisation de défense des droits basée aux Etats-Unis HRNA a déclaré avoir pu confirmer la mort de 2.571 personnes, dont 2.403 manifestants et 147 personnes affiliées au gouvernement.
L'ONG a indiqué que 12 enfants et neuf civils n'étant pas des contestataires font également partie des victimes.
Un responsable iranien a avancé mardi un bilan de près de 2.000 morts dans ce qui constitue la première communication sur le nombre des victimes du régime iranien.
PUNIR RAPIDEMENT
Lancé le 28 décembre dernier par les commerçants du Grand Bazar de Téhéran protestant contre une inflation galopante et la chute du rial, le mouvement de contestation a pris une tournure politique et s'est étendu à de nombreuses villes de province.
Malgré l'ampleur de la mobilisation et des années de pressions extérieures, l'élite sécuritaire de la République islamique ne montre pour le moment aucun signe de dissensions susceptibles de mettre fin au régime en place depuis la Révolution islamique de 1979.
Lors d'une réunion de cabinet, le président iranien Masoud Pezeshkian a déclaré que tant que le gouvernement iranien gardait le soutien populaire, "tous les efforts déployés par les ennemis contre le pays resteraient vains".
A l'occasion de la visite d'une prison à Téhéran où des manifestants sont incarcérés, le chef de la justice iranienne a déclaré qu'il était essentiel de juger et de punir rapidement "ceux qui ont décapité ou brûlé des personnes".
HRANA a fait état de 18.137 arrestations jusqu'à présent.
Hengaw, un groupe iranien de défense des droits des Kurdes, a rapporté qu'un homme de 26 ans, Erfan Soltani, arrêté en marge des manifestations dans la ville de Karaj, devait être exécuté mercredi.
L'ONG a déclaré à Reuters ne pas être en mesure de confirmer si l'exécution a été menée à bien en raison des problèmes de coupure de réseau internet. Reuters n'était pas en mesure de vérifier cette information.
(Elwely Elwelly et le bureau de Dubaï, Bo Erickson à Detroit, Susan Heavey, Joey Roulette et Doina Chiacu à Washington, Michelle Nichols au Nations unies, Bhargav Acharya à Toronto, rédigé par Tom Perry; version française Zhifan Liu, édité par Blandine Hénault, Augustin Turpin et Kate Entringer)

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